PETITE HISTOIRE DE L'ECHO DES CONCIERGES
Le premier numéro de l’Echo des Concierges est paru en juillet 1928.
Dans ce premier numéro, l’Echo des Concierges se définit comme étant le «journal corporatif et seul organe officiel du
syndicat national des concierges. Cet organe a pour but de renseigner nos sociétaires et nos collègues au moyen d’un compte
rendu mensuel des travaux du syndicat national».
Qui était ce syndicat national ?
Ce syndicat national était né de la transformation de deux Chambres syndicales :
- de la Chambre syndicale des concierges de Paris et du département de la Seine, dont le siège était 17 faubourg Montmartre
à Paris, et qui représentait le plus ancien groupement syndical dans la corporation,
- et de l’adhésion des membres de la Chambre syndicale des représentants de la propriété dont le siège social était au 146
boulevard Magenta à Paris.
Aux amis, aux adhérents du syndicats et aux abonnés du journal, il y est affirmé que :
- le syndicat et le journal sont totalement indépendants d’autres familles ou organisations similaires,
- « nous n’apporterons jamais ni parti pris, ni hostilité systématique, ni mauvaise foi dans les luttes que nous pourrons
avoir à soutenir, et que jamais nous ne ferons l’écho d’injustes revendications, avec l’affirmation d’aboutir par des
moyens corrects, réguliers et légaux ».
Ce syndicat national avait été constitué par des personnes bénévoles pour défendre l’intérêt de la corporation.
L’éditorial du premier numéro spécifiait que ce bénévolat était une garantie que le syndicat soit toujours «un organisme
uniquement corporatif, préoccupé de l’intérêt général et non destiné à abriter des rongeurs et arrivistes à la recherche
d’une sinécure»!
Dans ce même éditorial, le ''programme des revendications'' était le suivant : faire voter au plus tôt le principe du délai
congé pour les concierges (à l’époque, les concierges pouvaient être congédiés sous 8 jours donc quasiment du jour au
lendemain ); obtenir l’amélioration des conditions des contrats avec les propriétaires ainsi qu’un statut précisant les
devoirs des concierges avec les locataires ( qui auparavant étaient illimités!); la certitude de bénéficier d’une retraite
par le biais des assurances sociales (auparavant les concierges n’avaient pas de retraite, et étaient payés, quand ils
l’étaient, de ‘‘la main à la main’’!); créer une maison commune pour les vieux sociétaires; organiser des recours pour les
adhérents sans travail ou dans la gêne, surtout pour les femmes seules et les familles nombreuses; organiser le placement
gratuit des adhérents; développer l’oeuvre des colonies de vacances.
Ce programme ne manquait pas d’ambition!
Et l’écho des concierges s’est largement fait l’écho de ces revendications.
Une bonne partie de certaines d’entre elles seront mises en place par le syndicat avec le soutien d’avocats bénévoles et
d’élus en particulier des députés de Paris de l’époque.
A ce moment là, le journal était même subventionné par la ville de Paris, appuyé par de nombreux députés et sénateurs et
entretenait de bons rapports avec la Chambre des propriétaires afin de faire aboutir les revendications «sans recourir à
certains procédés vulgaires».
Le gérant du journal était alors M. PELLETIER résidant au 10 rue Edouard Valentin à Paris 10°. Il sera gérant l’espace d’un
premier numéro... Le second numéro paraîtra le même mois.
Le second numéro
Le numéro 2 du journal sort exceptionnellement le 26 juillet 1928, c’est à dire immédiatement après le 1er ! Son gérant est
M. PONSOLLE réside au 27 bis avenue du Parc Montsouris à Paris 14°.
Dès ce 2° numéro, l’ECHO propose l’insertion de «toutes les annonces concernant les échanges de loges contre loges, de
loges contre logement, d’offres ou demandes de logement au prix de 4F la ligne».
Les numéros suivants
Les numéros suivants expriment tous les préoccupations et revendications de la corporation.
Des avocats bénévoles continuent leur soutien aux actions de revendications en écrivant des articles et font ainsi avancer
la cause des concierges.
Dans un article intitulé «A mes amis les concierges» (L’ECHO DES CONCIERGES n°4), un avocat à la cour d’appel, P.H.
TIERCIN, écrit : « de toutes les professions, celle du concierge semble la plus délaissée des pouvoirs publics » alors que
le concierge « apparaît comme l’intermédiaire nécessaire de chacun dans les actes de la vie quotidienne.», et il classe les
revendications sous trois chefs :
- la question du délai congé , le délai de huit jour est trop court : « Congédier un employé, c’est le priver de son
travail. Congédier un concierge, c’est le priver de son travail et de son logement.» Il lui faudrait « 3 mois au moins et
mieux encore 6 mois ».
- la question des salaires : comme les propriétaires estiment qu’ils payent suffisemment les concierges à travers « le
logement, les deniers à Dieu et les étrennes»! maître TIERCIN s’insurge : « Il est illogique que le concierge soit
rémunéré par les locataires. Employé du propriétaire, qu’il soit payé par le propriétaire! » avec l’établissement d’un
statut en commun accord avec les propriétaires. Et au lieu des étrennes qui sont alléatoires selon les immeubles, il
souhaite leur suppression pour obtenir du propriétaire « des appointements réguliers basés sur l’indice du coût de la vie
et l’importance du travail demandé ».
- la question des logements : pour quelques concierges bien logés, « combien d’autres n’ont pour demeure que des pièces
petites, sombres, sans aération, perdues sur des cours étroites!», «lorsqu’un architecte trace le plan d’un immeuble, il ne se préoccupe guère du sort du concierge.»
Dès le cinquième numéro, le journal annonce un conseiller juridique en la personne de maître TIERCIN qui désormais fera des
consultations gratuites pour tous les adhérents. Et M. TIERCIN participe aussi activement à la rédaction du journal en
fournissant toute l’actulaité juridique dont ont besoin les concierges.
Par exemple, il cite le cas de deux concierges sommés de « déguerpir » par un huissier dejustice. Se présentant en référé,
l’une obtiendra un délai de 4 semaines, et l’autre de 6 semaines. Cela nous paraît peu de nos jours, mais à cette époque où
une jurisprudence avait dit que«les concierges sont révocables sans délai», c’était une belle avancée et il était important
que les concierges en soient informés pour mieux se défendre !
... jusqu’à la seconde guerre mondiale...
Une fusion
En 1929, l’Echo des Concierges fusionne avec un autre journal ''la loge parisienne''.
Des actions revendicatrices
En 1930, une commission parlementaire invite au palais Bourbon tous les mandataires responsables des organisations
syndicales des catégories d’assujettis dits «gens de maison» pour étudier les modalités d’application de l’article 2 de la
loi sur les assurances sociales. Parmi les gens de maison étaient les concierges. La corporation des concierges était
représentée par le seul syndicat des concierges existant alors et donc indirectement par le journal.
Très régulièrement, l’Echo dénonce l’insalubrité des logements des concierges.
Par exemple, le pasteur SOULIER, député de Paris en 1931, déclare dans un article intitulé ''les concierges et la question
du logement'' que la primordiale revendication est la salubrité de la loge '' et même dans les construction neuves '' : «
on ne donne pas (à la loge) d’ouverture sur le dehors, mais seulement sous les voûtes ... Je n’admets pas non plus que l’on
pose aux concierges des conditions relatives au nombre de ses enfants, c’est une stipulation inhumaine, anti-sociale et
anti-patriotique.... Une pièce exigüe où le lit voisine avec la cuisinière; une pièce où l’on fait tout, où l’on cuisine,
où l’on mange, où l’on dort; où l’été les mouches et d’autres parasites voltigent et courent de tous côtés ... une pièce
avec une seule fenêtre donnant sur une cour étroite et humide et une porte ouvrant sur un long couloir obscure »
... Peut-on mieux définir la loge du gardien concierge dans certains de nos vieux immeubles haussmanniens actuels ?...!
En 1936, le journal exprime haut et fort les revendications de la corporation en matière de salaires, congés, etc. ce qui
lui vaudra 3 000 lettres de remerciements et félicitations!
Et dès 1937, l’Echo encourage chacun de ses adhérents à prendre les 15 jours de congés auxquels ils ont droit avec les
nouvelles lois sociales.
Mais il constate aussi les premières difficultés rencontrées «gêne et empêchement pour beaucoup» des concierges qui à cause
d’un salaire trop bas ne peuvent prendre ces congés. Il rappelle aussi que « pendant les vacances payées, le concierge doit
toucher son salaire normal habituel plus une indemnité sur les avantages en nature (loge, éclairage, chauffage) dont il ne
profittera pas pendant son absence. Cette indemnité peut-être évaluée à 4F par jour environ cette année ».
Remarquons qu'aujourd'hui, les concierges bénéficient de la réintégration dans leur salaire des avantages en nature qu'ils
n'utilisent pas lorsqu'ils sont en congés.
Et, par lettre du 27 décembre 1937, le ministère du travail précise «... sous réserve de l’appréciation de la juridiction
compétente, les concierges qui ont pris, après autorisation de leur patron, leurs vacances en avril ou septembre, sont
fondés à réclamer à ces derniers, l’indemnité afférente au congé autorisé ainsi que le remboursement de la somme qu’ils ont
versé à leur remplaçant.»
Remarquons encore que de nos jours la rémunération des remplaçants est toujours bien à la charge de l'employeur, et c'est
heureux!.
Des actions sociales
Avocats et hommes politiques maintiennent leur soutien au journal ainsi qu’aux manifestations et actions sociales en faveur
des concierges. C’est ainsi que :
Le 23 décembre 1928 à la Salle Chaptal à Paris, une fête est organisée avec un arbre de Noël offert gratuitement aux
enfants des adhérents. Cette fête réunit plus de 500 personnes. Le député de Paris, Paul REYNAUD, manifeste son soutien par
sa présence.
Le 9 février 1929 est organisé un concert suivi d’un bal de nuit au profit des colonies de vacances. Le député de Paris y
est présent.
La chambre syndicale des Propriétaires distribue des récompenses aux concierges les plus méritants.
Puis verront le jour : la fondation d’une maison de retraite (en 1932), la fondation d’une coopérative de consommation
destinée à «procurer à des prix inférieurs les objets de consommation»(en 1933). L’achat du chateau de «Sans Souci» à
Sézane (Marne). Mais ces fondations s’arrêteront avec la seconde guerre mondiale.
La seconde guerre mondiale met un coup d’arrêt à toutes ces actions et en 1941, le journal cesse de paraître.
APRES 1945
En décembre 1945, le journal reprend ses parutions mais ne paraît plus que tous les deux mois en raison de la pénurie de
papier.
Le journal ne bénéficiera plus d’aucune subvention.
Mais des avocats continuent d’écrire dans ses colonnes : Maître BEDRY, avocat à la cour d'appel assure la «causerie juridique»
du journal.
Le journal est le porte-parole de tous les concierges y compris ceux des HLM nouvellement construits après la guerre pour
loger tous les sinistrés.
En juin 1953, le journal constate qu’ « il n’y a qu’une seule sorte de travailleur en France qui ne puisse jouir des lois
sociales au même titre que les autres. C’est les concierges ».
Il doit rappeller aux propriétaires que depuis le 13 janvier 1939 les concierges bénéficient de la juridiction prud’homales
(alors qu’auparavant les litiges entre propriétaires et concierges étaient de la compétence des juges de paix!)
Il continue avec acharnement et patiemment d’informer sur la législation en vigueur.
En 1956, L’ECHO DES CONCIERGES fusionne avec le BULLETIN DES LOGES.
Dès 1950, le journal devient indépendant, autonome et ne dépend plus d’un syndicat.
DE NOS JOURS
A ce jour, L’ECHO DES CONCIERGES est indépendant, libre de tout parti et de tout syndicat.
Il ne bénéficie d’aucune subvention. Il ne vit que grâce aux abonnements de ses lecteurs, aux petites annonces et à
quelques rares publicités.
Il a pour objectif d’informer les gardiens concierges, les employés d’immeubles et leurs employeurs sur les droits et
devoirs respectifs de chacun, l’actualité de la profession et de son environnement. Par ses articles, il offre aux gardiens
concierges et employés d’immeuble les éléments de défense dont ils ont besoin en cas de litige.
Mais il demeure aussi fidèle à ses origines en faisant connaître les difficultés et besoins d’amélioration des conditions
de travail et de rémunération dans la profession.
Il lui arrive ainsi de lancer des pistes qui sont des appels aux partenaires sociaux et différents syndicats influents dans
la profession.
Ses relations avec ces syndicats professionnels sont bonnes mais le journal garde farouchement son autonomie et sa libre
expression.
Il est aussi un organe de référence en matière d’offre et de recherche d’emploi dans le secteur.
Par le fait même d’exister, il atténue l’isolement inhérent à la fonction des gardiens concierges et employés d’immeuble.
Et les lettres de remerciements reçues au journal l’encouragent à poursuivre assiduement les parutions !